Entre le marteau et l’enclume



La vie n’était pas forcément facile dans la Syrie d’avant la guerre civile - celle-ci n’a pas éclaté par hasard ! Mais il était un fait sur lequel chacun s'accorde à quelques détails prêts : les communautés ethniques ou religieuses vivaient en bonne entente.

Personne ne demandait à son voisin quelle était sa religion. Personne ne demandait à une femme pourquoi elle était voilée et pourquoi elle ne l’était pas. Chrétiens et musulmans célébraient ensemble les différentes fêtes qui jalonnent leurs calendriers liturgiques respectifs.

Mais la guerre civile est venue bouleverser ce fragile équilibre.

Beaucoup de Chrétiens ont vu en Bachar Al Assad un rempart contre la montée de l’Islamisme radical. Et il est avéré que certains responsables chrétiens se sont très clairement rangés aux côtés du régime.

De la même manière, il est de notoriété publique que Bachar Al Assad aime se présenter comme le protecteur des Chrétiens.

Et tout cela a créé beaucoup d’ambiguïtés.

On sait également que chaque guerre n’est pas aussi simple qu’il y parait. Entre les bons et les méchants, il y a toujours une part de la population qui ne sait pas quelle posture adopter et se contente d’attendre la fin de l’orage.

J’ai rencontré des Chrétiens qui avaient, dès 2011, participé aux premières manifestations visant à dénoncer la cherté de la vie, les inégalités, le ras-le-bol de l’autoritarisme et de la violence du régime. D’autres ont payé leur volonté d’ouverture et de dialogue de leur vie : comme le jésuite italien Paolo Dall Oglio, fondateur de la communauté de Mar Moussa, dans le monastère du même nom, d’abord expulsé de Syrie pour ses prises de positions anti-régime trop marqués puis disparu à Raqqa en 2013 alors qu’il y négociait la libération d’otages auprès de l’EI.

L’internationalisation du conflit et l’émergence de groupes islamistes radicaux ont fragilisé d’avantage les positions des chrétiens dont l’immense majorité se voulaient surtout neutres dans le conflit.

Aujourd’hui, comme beaucoup de Syriens pris entre les tirs croisés des différents groupes armés, les chrétiens se sentent entre le marteau et l’enclume. Surveillés par le régime, ils espèrent également être des artisans de la paix que doit retrouver la Syrie.

Peu d’entre eux cependant sont parvenus à traverser cette guerre indemne. S’ils représentaient environ 10% de la population civile avant guerre, ce pourcentage est estimé à 2 aujourd’hui. Beaucoup de jeunes ont fui pour éviter d’être enrôlés dans l’armée et, chaque semaine, de nouvelles familles continuent de quitter le pays pour quantités de raisons (sécuritaires, économiques…).

9 années de guerre civile se sont des vies détruites, des familles détruites, des villes et des maisons détruites.